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Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale

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grenoble le 22 mai: à propos

« Ah ! Mon bon ami ! Si nous devions, en effet, en échappant à cette guerre, rester toujours exempts de vieillesse et de mort, je n’irais pas moi-même combattre aux premiers rangs, et toi je ne t’enverrais point dans le combat où la valeur s’illustre. Mais à présent puisque les Génies de la mort de toute façon par milliers nous menacent, et qu’il n’est pas possible à l’homme de les éviter, allons, et cherchons à donner de la gloire à autrui, ou bien à ce qu’un autre puisse nous en donner. »

« L’Iliade » (Chant XII) Homère (Traduit du Grec ancien par Mario Meunier)


Préambule

Ils nous avertissent, de plus en plus souvent, que nous dansons au bord de l’abîme. Si souvent qu’ils m’obligent à réfléchir sur cet abîme prétendu. Parce que l’abîme n’existe peut être même pas. Son éventuelle existence n’a sûrement pas grande importance. Un sourire qui nous séduit, une passion qui nous réveille, perdurent même au dernier de nos jours, fût il le dernier jour du monde. On retrouve une revendication opiniâtre et indomptable de nous définir comme « les vivants », face à une mort qui en tous cas avance. Demain nous dormirons tous réconciliés et unis, mais aujourd’hui nous sommes éveillés et vivants et la paix n’est pas un destin mais une péripétie. Morts nous deviendrons égaux, mais aujourd’hui il nous appartient d’être différents, uniques. Nous n’aurons pas d’autres opportunités. Il y a 39 ans, au lycée, j’écrivais dans un tract « ici et maintenant ». Je le réécris aujourd’hui et si les circonstances devaient me le permettre, je le récrirais dans 39 ans, où que je sois, quelque soit ce moment futur dont j’ignore tout aujourd’hui.


Parfois, la dimension mercantile dans laquelle nous survivons nous trompe en nous proposant des choix relatifs à notre existence comme s’il s’agissait de possibles achats dans les rayons d’un supermarché. Vais-je vers l’abîme ? Dois-je y plonger ? Dois-je me retirer ? Quelle solution présente le meilleur rapport qualité/prix ? Toutes les suggestions existent : chacun n’a qu’une vie à jouer, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’abîme. Il ne peut la jouer que dans le lieu où les circonstances l’ont placé, que dans un seul et unique moment, le présent. Il n’y a pas de contre-épreuve, il n’y a pas de session de rattrapage où faire un nouveau choix et découvrir si nous nous sommes trompés. La vie n’est pas un cinéma multisalles où, alors que tu assistes à la projection de ton misérable destin, tu t’angoisses en pensant que la bonne salle était cette autre salle dans laquelle tu aurais pu renoncer à toi-même en te perdant dans les évolutions de quelques Mary POPPINS. S’il t’arrive de finir dans l’abîme, qui peut être Guantanamo ou Gaza, le bagne ou une maladie invalidante, tu peux certainement pendant quelque temps, si tu crois, maudire le mauvais sort, mais ensuite il ne te reste qu’à traverser virilement ton temps, reproche vivant envers tes persécuteurs, exemple pour ceux qui te verront. L’abîme est un lieu comme un autre pour accomplir de grandes actions et pour prononcer des paroles mémorables. Le bonheur humain est, dans tous les cas, passager, parce que les passagers sont les vivants. Le bonheur n’existe que sur un mode polémique, en opposition avec le temps, avec son propre temps. Il n’existe pas de bonheur qui ne contienne de rébellion contre l’injustice, bataille continuelle contre les abîmes passés, présents et futurs. Qu’est ce que la volonté de vivre ? C’est la volonté de se lever contre l’injustice, de laisser une empreinte que seul celui qui vit peut graver.





Au matin du 22 mai de l’an de grâce 2008, nous partîmes 22.000 place de la Gare et arrivâmes 2000 face auux mercenaires, place de Verdun ; suite à ce que les félons de la CGT eurent préférer aller se goinfrer au parc Paul Mistral.

Bien quil manquait les habituels troubadours repeignant les vitraux, une ambiance festoyante régnait dans notre troupe, des ménestrels tapant sur des tambours.

Arrivés sur la place, face aux mécréants aux ordres du Roy, nous nous empressâmes denfiler nos chasubles (diverses étoffes, tricots, lainages, soieries) et de caillasser au mieux les impies. Toutes sortes de choses volèrent, des lites aux bâtons fumants en passant pas des pots de fleurs. La place résonnait de cris : «Sus aux infidèles», «Bande de marauds», «Faquins», «Par le sang du Christ», «Nique ta mère», «Bâtards». Certains tentèrent même denflammer les tourelles de lhabitat durable, sans succès.

Malheureusement, nous ne parvînmes point à les achever, et les faquins répondirent en lançant moult fumées larmoyantes sur la troupe plébéienne. Fuyant devant tant de couardise, nous ne tardîmes pas à revenir.

Une scène à peu près identique se reproduisit par deux fois. Bien heureux, nous avions pensé à remplir de citronnade nos gourdasses et de gouttes pour les yeux nos besaces ; et ne subîment donc point trop ces viles attaques.

Lorsque soudain, par le Sud, des cris sélevèrent et nous vîmes arriver en renfort le Clan du Sud accompagné de quelques braves portant des écussons grenats et ors aux armes du seigneur de Besancenot. Ils fîrent leur entrée sur la place sous les vivats de la plèbe revigorée, un manant brandissant même fièrement un bâton fumant et rougeoyant. Les merguez de la CGT nétant point saignantes et comme il manquait de bartavelles, dortolans, et de perdreaux ; ils avaient en effet décidé de venir grossir la foule des braves.

Ceci nempêcha pas le commandant Liégois (Saint-Denis) dordonner à ses hommes dinonder la place de fumées larmoyantes. Au bout dun moment, lassé de tant de pleutrerie, nous décidâmes de partir en croisade sauvage par la rue du Duc de Lesdiguères. De preux chevaliers en profitèrent pour briser courageusement quelques vitraux du sieur JC Decaux et de ses alliés nantis possédants de coffre-forts.

Arrivé place Félix Poulat, juste à côté de la taverne Mac Donalds, les marauds aux ordres du Roy, dirigés par le connétable Jean-Claude Borel-Garin, nous empêchèrent de nous mouvoir davantage.

Il faut savoir quen plus de ceux portant armures, baïonnettes, boucliers, et arbalètes, nous devions faire face à des miliciens sans armures, plus hargneux encore, munis de mousquets à balle caoutchouc. Particulièrement mobiles, ils se déplaçaient prestement à laide de charrettes du diable toutes ferrées, sans bœufs pour les tirer.

Sen suivirent plusieurs heures de caillassages et promenades déclamatoires sauvages, entre la place de Verdun et la Porte de France. Les scènes de violence rappelaient la bataille de Hastings, en lan 1006. À un moment, létendard du Roy prit feu, il fallut le jeter tout entier dans les douves de lIsère.

Une fort belle journée, pleine dallant et dentrain, malgré quelques orions et ecchymoses. Malheureusement certains des nôtres sont dans les geôles de lennemi. Mais nous ne tarderons pas à les libérer, fusse-t-il assiéger le Donjon de la maréchaussée.

Tout ceci nous donne lespoir dune probable jacquerie prochaine.

«Mais, dites-moi, cest une révolte ?
— Non, Sire, cest une jacquerie.»

Indymédia Grenoble, 22 mai 2008

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