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Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale

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prison , avançons la reflexion

 Oui, pour les jeunes gens, cette réclusion est horrible et, hochant la tête, la tante alluma aussi une cigarette.

– J’imagine qu’elle l’est pour tout le monde, répondit Nekhlioudov.

– Non, pas pour tout le monde. Pour de vrais révolutionnaires, m’a-t-on dit, c’est un repos, un calmant. A celui qui vit dans l’illégalité, l’existence est une perpétuelle alerte, pleine de privations, remplie de crainte pour lui-même, pour ses camarades, pour la cause. Une fois pris, tout est fini, plus de responsabilité : tiens-toi tranquille, et repose-toi ».

Léon Tolstoï, Résurrection, 18991

La constitution de la prison comme front de lutte politique, dans la première moitié des années 1970 en France, a pour vecteur le retournement du principe intuitif exprimé par le personnage de Tolstoï : l’emprisonnement comme coup d’arrêt2. Que des « éléments subversifs », accusés par l’Etat de mettre sa sûreté en péril et de menacer l’ordre social, soient pris : l’incarcération se conçoit alors aisément comme une voie sans issue, sauf celles de l’isolement et de l’attente, parfois de la mort. On pense à Antonio Gramsci, contraint à transposer le combat sur cahiers. Cependant, à la faveur de certaines circonstances, une autre possibilité peut s’ouvrir : le prolongement de la lutte dans le lieu même de la réclusion, l’exploitation du statut pénalement certifié de réprouvé social comme ressource ultime d’une révolte collective. Les actions déployées par le militantisme des « années 68 »3 donnent à lire l’un de ces épisodes où la prison, sortant de son statut ordinaire d’invisible social, s’est imposée pour un temps sur le devant de la scène politique, pointée par un index accusateur : « Il ne faut plus laisser les prisons en paix, nullehaïa Sovietskaïa Entsiclopedia rédigée sous Staline, en 1936 : « En septembre 1904, sous l’effet du mouvement révolutionnaire qui s’amplifiait, Figner fut libérée de Schlüsselbourg (...) à l’étranger, où elle séjourna jusqu’en 1915. Durant ces années, elle travailla avec des Socialistes Révolutionnaires (S.-R.), prit part au procès Azef et déploya une grande activité pour organiser des secours aux déportés et aux bagnards (...) En 1917, F. se trouvait à la tête du Comité d’aide aux bagnards et aux déportés remis en liberté ». L’encyclopédie soviétique ajoutait qu’après la Révolution, Figner s’était consacrée entièrement à une activité littéraire ; ses travaux étaient jugés par les rédacteurs staliniens comme possédant des qualités artistiques certaines, mais appelaient une attitude critique sévère, car ils étaient, selon eux, bâtis sur une compréhension erronée du développement révolutionnaire russe de manière générale, de la signification historique du populisme, de la Volonté du Peuple et des Socialistes Révolutionnaires en particulier. La notice biographique s’achevait par cette remarque : « Durant les dernières années, Figner s’est mise sur la voie de l’élimination de ses vieilles conceptions relevant du populisme et de la Volonté du Peuple »7.
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