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Lors de la réunion du Conseil national de l’information statistique du 8 mars,
l’INSEE a révélé que le taux de chômage mesuré par l’enquête Emploi en 2006
s’établit à 9,8%, soit exactement le même niveau qu’en 2005. L’enquête confirme donc
ce que le collectif ACDC affirmait dans sa note n°2 : le recul du taux de chômage
affiché par l’ANPE et le gouvernement est largement, voire totalement factice.
L’INSEE a présenté des explications techniques visant à discréditer ce résultat
gênant pour le gouvernement, et à justifier le report de sa validation à octobre
2007.
Ces explications ne sont pas convaincantes. Toute enquête statistique comporte des
marges d’incertitude. Mais les informations fournies par l’INSEE ne permettent pas
de conclure que ces marges sont plus importantes en 2006 que les années précédentes.
Le taux de non-réponse à l’enquête Emploi est resté stable entre 2005 et 2006, à
81%. Les fluctuations locales signalées par l’INSEE ne sont pas de nature à affecter
l’estimation du taux de chômage national. Les biais dits de « rotation », connus de
longue date par les spécialistes, ne sont pas plus importants que les années
précédentes.
Les résultats du recensement en continu, supposément contradictoires avec ceux de
l’enquête Emploi, ne portent pas sur le chômage BIT, et ne sont en fait disponibles
que jusqu’à début 2006, alors que le débat porte sur le chômage en 2006.
Contrairement à ce qu’affirme la direction de l’INSEE, aucune raison technique ne
permet donc de justifier le report à l’automne la validation officielle du taux de
chômage BIT. Le représentant du ministère du travail a montré que de nombreux
changements dans la gestion des chômeurs avaient contribué à faire baisser
artificiellement la statistique de l’ANPE, sans toutefois en fournir un chiffrage
complet. L’écart entre ces deux statistiques est loin d’être négligeable : un taux
de chômage de 9,8% selon l’enquête Emploi et de 9,1 % selon les chiffres de l’ANPE,
en moyenne annuelle sur 2006. Près de 200 000 demandeurs d’emploi ont donc disparu
des listes de l’ANPE mais sont bel et bien restés chômeurs.
En résumé, la réunion du CNIS a montré que :
- rien ne permet d’affirmer que les résultats de l’enquête Emploi soient moins
précis que les années précédentes ;
- il est désormais certain que les données de l’ANPE surestiment fortement la baisse
du chômage. Dans cette situation, il est inexplicable que l’INSEE ait décidé de
continuer à valider les statistiques de l’ANPE en continuant à publier chaque fin de
mois, jusqu’à l’automne, un taux de chômage BIT calé sur ces statistiques pourtant
erronées.
Cette décision n’est pas fondée techniquement. En pleine campagne électorale,
l’INSEE ne devrait pas continuer à cautionner de son autorité des chiffres du
chômage à l’évidence sous-estimés. On ne peut que s’interroger sur les pressions
exercées sur l’institut par le pouvoir politique.
Plus généralement, cette controverse autour du chiffre du chômage montre que la
réalité des problèmes d’emploi ne peut être réduite à un chiffre unique. Cette
réduction conduit à un fétichisme du chiffre que nous récusons. La question de la
précarité et de l’insécurité sociale va bien au-delà du seul nombre de chômeurs BIT
ou inscrits à l’ANPE. Il importe de sortir par le haut de ces controverses stériles.
C’est ce que le collectif se propose de montrer dans sa note n°4 qui sera rendue
publique à la fin mars.
Collectif « Les autres chiffres du chômage »