Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale
Un Grenelle de l’insertion aura lieu bientôt : la nouvelle a été joliment mise en scène, lors du déplacement à Dijon du Président de la République.Voici donc un « représentant « d’une « entreprise » d’insertion qui le réclame, et le Président qui le promet devant un parterre de journalistes. Dans un élan de spontanéité, il annonce aussi un « contrat unique d’insertion « .
Mais de quoi parle-t-on ? Qu’est ce donc que l’insertion, dont on nous annonce aussi qu’un bilan sur vingt cinq ans sera dressé à cette occasion ? Pourquoi un Grenelle, quel rapport au fait avec cette grande réunion de directions syndicales qui voulut clore un mois de mai, dont chacun, et en premier lieu le Président , se souvient qu’il fit éclore de nombreux " Ne travaillez jamais" sur les murs des métropoles.
Récemment, dans la loi sur la récidive, le degré d’insertion est aussi un critère déterminant dans l’application automatique d’une peine d’emprisonnement : en cas de récidive concernant un délit avec circonstances aggravantes ( réunion, violence, effraction ), le seul moyen d’échapper à une peine plancher sera de présenter des "garanties d’insertion ou de réinsertion exceptionnelles ".
Evidemment, on a l’intuition de ce que peuvent être d’exceptionnelles garanties d’insertion : on a bien compris que deux hommes politiques et un patron quelconque qui se font bêtement serrer une fois de plus sur une histoire de gros sous et d’abus de biens sociaux ont peu de chance de manger cinq ans ferme.
On a aussi l’inquiétante certitude, qu’à contrario, la prochaine fois qu’on se fera piquer avec trois CD et cinq bouquins à la FNAC avec un pote, ou à casser la porte d’un logement vide, nos deux mois d’intérim, et six de RMI risquent fort de ne pas être considérés comme très exceptionnels en terme d’insertion.
Ce sera peut-être au moins l’occasion de poser une question toute bête à Madame le juge.
Question finalement très peu anodine, et qui sort ces derniers temps des centres d’action sociale ou les Rmistes et leurs travailleurs sociaux passent leur vie à essayer, le plus souvent en vain, d’y répondre.
On est donc allés chercher la définition officielle, celle de l’UNESCO.
L’insertion, selon nos experts serait donc l "Action visant à faire évoluer un individu isolé ou marginal vers une situation caractérisée par des échanges satisfaisants avec son environnement. Résultat de cette action, qui s’évalue par la nature et la densité des échanges entre un individu et son environnement ".
Donc si l’on a bien compris, être inséré, ce serait avoir des échanges satisfaisants avec l’environnement.
Ne soufflez pas trop vite, les tire au flanc. Nous vous ne pourrez pas arguer de votre bande de potes, de votre blog anti-travail, de votre grand-mère ravie de vous voir si souvent depuis que vous êtes au chômage, pour faire valider votre contrat d’insertion.
Impossible devant Monsieur ou Madame la Juge de mettre en avant votre investissement dans un collectif de mal-logés, parfaitement satisfaits des échanges qu’ils entretiennent avec vous depuis que vous ouvrez ensemble des immeubles vides.
A contrario, ne vous bilez pas : vous pouvez très bien être malheureux comme la pierre, ne connaître personne à part vos collègues de bureau que vous haïssez cordialement, avoir envie de vomir tous les soir en rentrant dans votre pavillon à crédit et être parfaitement inséré.
Parce que l’insertion, est de toute façon, une action sur l’individu par sur l’environnement. Si chacun sait qu’une relation est une interaction, le concept d’insertion évacue cette dimension. L’environnement ne changera pas, il est inconcevable de le remettre en cause, c’est à nous de changer.
Pas étonnant que l’UNESCO indique que le synonyme d’insertion soit "réadaptation sociale "
Derrière cette définition toute banale, un impératif : c’est à l’homme de s’adapter au monde tel qu’il est. L’entropie donc : un environnement éternellement inchangé et chacun d’entre nous tenu d’y trouver sa place sans le bouleverser.