Dimanche 20 juillet 2008
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Une canalisation était détériorée depuis des années dans l'usine FBFC de Romans-sur-Isère. L'incident, sans gravité, renforce les soupçons sur la rigueur du groupe
Areva.
« Apparemment, tant qu'on est au coeur du sujet - la centrale nucléaire elle-même -, on a l'impression qu'il y a une très, très grande rigueur. Mais quand
on est sur le traitement des effluents, de l'eau..., on a le sentiment qu'il y en a moins [...], que la vigilance baisse. » C'est Jean-Louis Borloo qui l'a dit, hier, réagissant à une
nouvelle annoncée le jour même par l'ASN, l'Autorité de sûreté nucléaire.
Le 7 juillet, 74kg d'uranium en solution s'échappaient de l'usine Socatri du Tricastin (Vaucluse), à cause d'une cuve de rétention qu'on avait négligé de réparer. Cette fois, c'est un problème de
tuyauterie et une autre négligence que révèle le « gendarme du nucléaire ».
« Irresponsabilité »
Filiale, elle aussi, du groupe Areva, FBFC (Franco-belge de fabrication de combustible) fabrique, à Romans-sur-Isère (Drôme), du combustible pour les centrales. Dans cette usine de 800 personnes,
une canalisation enterrée, entre un atelier de fabrication et une station de traitement, était défectueuse. « Elle n'avait pas été inspectée depuis longtemps », a reconnu
Jean-Christophe Niel, le directeur général de l'ASN. L'entreprise a été épinglée plusieurs fois par l'ASN, ces dernières années, pour des incidents et négligences.
Le tuyau crevé a provoqué « un épanchement d'uranium d'une quantité comprise entre 120 et 750 grammes », affirme Jean-Charles Louet, chef de la division de l'ASN de Lyon. Selon
sa collègue Evangelia Petit, « les premières analyses montrent qu'il n'y a pas d'impact sur l'environnement ».
En revanche, l'impact sur la réputation d'Areva est à craindre. Les attaques des écologistes redoublent. Sortir du nucléaire dénonce « l'irresponsabilité de l'industrie » et
réclame la démission de la PDG d'Areva, Anne Lauvergeon. France nature environnement juge que « le politique a perdu le contrôle du nucléaire » et demande un « audit
public et indépendant de l'ASN ».
« Tout remettre à plat »
Le doute gagne aussi les acteurs politiques. Plusieurs députés- François de Rugy (Verts, Loire-Atlantique), Thierry Mariani (UMP, Vaucluse) et Pascal Terrasse (PS, Ardèche) - demandent une
commission d'enquête parlementaire. L'ancienne ministre de l'Environnement, Corinne Lepage (Modem), estime que « ces incidents mettent en lumière les défaillances de la filière, dues
notamment à un sous-investissement dans la sécurité, la protection de la santé humaine et de l'environnement ». La présidente de Cap 21, exige « une évaluation globale en terme
de coûts et d'avantages de la filière nucléaire ».
Jean-Louis Borloo avait pris les devants, en annonçant, jeudi, un état des lieux des nappes phréatiques auprès des dix-neuf centrales nucléaires. Hier, il est allé un peu plus loin. « Je
veux tout remettre à plat », a-t-il annoncé, notamment dans « les dispositifs d'information, d'analyse et de sécurité ». Voulant rassurer, il souligne aussi que le
nombre d'incidents de niveau 1, dont font partie ceux du Tricastin et de Romans, est en baisse: « 114 en 2006 et 86 en 2007 ».
Lors d'une conférence de presse près du site du Tricastin, vendredi, Anne Lauvergeon a insisté sur le fait qu'aucun des deux incidents n'a eu « d'impact sur la santé des personnels et des
riverains ». « Nous allons tiré toutes les leçons opérationnelles de ces incidents, a-t-elle poursuivi. Nous sommes l'industrie la plus surveillée du monde.
» Accueillie par les huées d'une dizaine de militants antinucléaires, la patronne d'Areva a regretté « que certains en profitent pour tenter
de se refaire une santé militante sur les inquiétudes légitimes de nos concitoyens ».
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